Primaire de l’écologie : Rencontre avec Yannick Jadot
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Dans le cadre de la primaire de l’écologie, 4 personnalités écologistes, membres d’Europe Écologie – Les Verts, candidatent pour porter notre projet à l’occasion de l’élection présidentielle de 2017 : Karima Delli, Cécile Duflot, Yannick Jadot et Michèle Rivasi. Nous les avons rencontré et posé plusieurs questions, pour vous aider à faire votre choix avant le vote par correspondance mi-octobre. Deuxième entretien avec Yannick Jadot.

 

Né en juillet 1967, Yannick Jadot a suivi des études d’économie à l’université Paris-Dauphine puis a travaillé plusieurs années au Burkina Faso et au Bangladesh dans différentes ONG traitant des questions de solidarité internationale et d’environnement. En 2002, il rejoint Greenpeace France comme directeur des campagnes, et participe à plusieurs actions d’envergure. Il fut également un des fondateurs de l’alliance pour la planète, rassemblement d’ONG écologistes créé en 2007 afin de peser sur les programmes environnementaux des candidat-e-s à la présidentielle. Durant le Grenelle de l’Environnement, il fut l’un des principaux négociateurs associatifs. En 2008, il quitte Greenpeace pour rejoindre Europe Écologie et fait campagne pour les élections européennes en tant que tête de liste de la région Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes). Lors de son premier mandat au Parlement européen, il s’est particulièrement impliqué sur la législation relative au commerce international ainsi que sur les questions énergétiques et industrielles.

 

Tu fais partie des 4 candidat-e-s à la primaire des écologistes. Qu’est ce qui compte pour toi dans cet exercice démocratique ?

Je m’engage avec sincérité, conviction et détermination dans cette primaire, car elle est une étape décisive pour lancer la dynamique en vue de la présidentielle et des législatives 2017 dont l’écologie doit impérativement sortir grandie. Ce qui compte à mes yeux, c’est que cette primaire permette de rassembler toute la famille écologiste, de lui redonner la fierté de ses convictions et de ses combats. Je veux aussi réconcilier les électrices et les électeurs avec l’écologie politique. Enfin, je souhaite que nous portions un projet positif, durable et bienveillant pour la France, un projet de cohérence et de transformation qui nous redonne confiance, en l’avenir, en nous et entre nous. Dans cette primaire, nous avons l’exigence de faire vivre notre diversité mais nous avons un devoir absolu d’unité !

 

On dit que la France et l’Europe sont en crise. Partages-tu ce sentiment et comment analyses-tu la situation de nos sociétés à la veille de cette échéance politique ?

Je pourrais décliner le constat des multiples crises qui sévissent aujourd’hui, sur le plan de la nature et du climat, des inégalités et des précarités. Mais je veux insister sur ce qui est à mes yeux un enjeu majeur : la crise démocratique. Les Français-es et les Européen-nes sont en état de légitime défiance. Or, sans réappropriation citoyenne de la démocratie, notamment autour des sujets que nous portons depuis si longtemps (énergie, agriculture et alimentation, mobilité, logement, relocalisation de l’économie, économie sociale et solidaire, solidarité internationale, accueil des migrants, école…), les changements radicaux que nous portons ne seront pas possibles.

La France comme l’Europe se sont perdues, elles souffrent de ne pas avoir de projet, et encore moins de projet partagé collectivement. Non seulement personne ne comprend plus où l’on va, mais la tentation de partir chacun de son côté pour sauver sa peau est grande. Les dirigeants qui se succèdent ont renoncé à combattre les inégalités, les discriminations et la dégradation écologique. C’est l’Europe des lâches qui acceptent la remise en cause de l’État de droit en Hongrie et en Pologne et délèguent au Président Erdogan notre humanité, nos valeurs et nos obligations en matière d’accueil des réfugiés.

La France comme l’Europe jouent le jeu d’une mondialisation qui construit l’opacité des responsabilités. Elle expose trop souvent ses citoyen-ne-s aux désordres plutôt que de les protéger. Privilégier les accords de libre-échange transatlantiques avec les Etats-Unis et le Canada (lTAFTA et CETA) contribue ainsi à la défiance des citoyens à qui on cache les enjeux réels de ces traités.

Face à cela, nous devons nous réapproprier l’espace démocratique tant français qu’européen, confisqué par des majorités politiques qui l’ont plongé dans le néolibéralisme, l’austérité et la technocratie. Nous devons d’urgence retrouver notre pouvoir d’agir, recréer le collectif nécessaire pour générer de la capacité à transformer.

Nous, écologistes, avons la responsabilité de montrer qu’il n’y a pas de fatalité. Les alternatives existent et les solutions sont déjà à l’œuvre. Notre société est mue par d’incroyables forces vitales qui construisent déjà le monde de demain. Partout, une multitude d’initiatives ont émergé, dans les quartiers, en ville et à la campagne, dans les entreprises, les villes et les régions. Elles génèrent convivialité et solidarité. Elles placent en leur cœur les femmes et les hommes, leurs territoires et leurs vécus. Elles s’articulent au niveau local et à l’échelle internationale.

Nous le savons, il faudra réformer les institutions pour déverrouiller la démocratie, faire sauter les verrous des rentes pour libérer l’économie, dépasser les conservatismes et les corporatismes pour débloquer la société… Bref, abattre les digues qui empêchent la révolution silencieuse en cours d’irriguer pleinement les territoires et d’enrichir la démocratie partout où elle permet de retrouver la maîtrise de nos vies. Notre capacité à agir est le préalable nécessaire pour répondre aux urgences écologiques et sociales de notre époque.

 

Nos militant-es et élu-es ont l’habitude d’expliquer l’urgence écologiste, mais le message a du mal à passer. Comment as-tu envie de parler de nos idées, valeurs et propositions dans les prochains mois ?

La conscience de l’urgence écologique a progressé partout. Pour que cette prise de conscience se transforme en votes dans les urnes, et donc en capacité à agir, nous avons deux grands défis à relever : montrer qu’il n’y a pas de fatalité je l’ai dit, que les alternatives existent et que les solutions sont déjà à l’œuvre, tout en redonnant confiance dans le bulletin de vote de l’écologie politique. Il faut nous rendre désirables et éviter que notre message soit parasité par trop de considérations politiciennes.

Je veux donner à voir ces nouveaux possibles à toutes celles et ceux qui n’attendent qu’un signe pour retrouver l’espoir, qu’une occasion pour réinvestir l’action collective et politique. Toutes et tous ne se disent pas « écologistes », mais sont prêts à agir si on leur en donne les moyens, s’ils reprennent possession des leviers du changement. Le récit de l’écologie que je propose de construire ensemble et de porter pour l’élection présidentielle est profondément subversif et formidablement exaltant : mobiliser les énergies vitales de la société pour nous réconcilier avec les autres, nous réconcilier avec la nature et avec l’avenir. Pour nous réconcilier avec nous-mêmes.

Face aux déclinistes de tout poil, aux adeptes du « c’était mieux avant », je veux porter notre projet, un projet qui dise : « ce sera mieux demain. Vivement demain ! »

 

Quels sont les points forts de ta candidature pour porter l’écologie en 2017 ?

Depuis vingt-cinq ans, je suis engagé dans l’écologie et la solidarité internationale, en vivant et travaillant au Burkina Faso et au Bangladesh, dans la construction du mouvement altermondialiste à Seattle et à Porto Alegre, en dirigeant les campagnes de Greenpeace en France, en négociant le Grenelle de l’Environnement et, depuis 2009, comme parlementaire européen, en coordonnant les campagnes européennes des Verts pour le climat et contre le TAFTA ou la pêche en eaux profondes.

Mon parcours est celui de l’écologie qui agit, qui construit, quitte à être espionné par EDF ou attaqué par Ali Bongo. Il est loin de ce qui provoque aujourd’hui le rejet de l’opinion : l’arrière-cuisine politicienne des petits arrangements entre ami-e-s. Je me suis confronté à la puissance et au cynisme des lobbys et à l’impuissance choisie ou subie des États. J’ai aussi eu le privilège d’être acteur de formidables aventures, qui m’ont convaincu que l’explosion des inégalités et le désastre écologique ne sont pas la fin de l’histoire.

Fort de ce parcours, de mon expérience, fort de nos combats, je souhaite, ces prochains mois, incarner le projet commun, réconcilier et représenter la famille écologiste dans toute sa diversité. Rassemblé-e-s, nous sommes tellement plus forts !

Depuis plusieurs mois, je m’y prépare, avec détermination et rigueur, rencontrant responsables de la société civile et experts. C’est une décision mûrement réfléchie. Je suis à la fois enthousiaste à l’idée de relever ce défi et lucide sur la difficulté et la brutalité d’une campagne présidentielle.

 

Comment vois-tu la campagne présidentielle à venir, si tu remportes la primaire ?

C’est une campagne que je veux collective, en intelligence tant au sein d’Europe Écologie Les Verts qu’avec les organisations et réseaux qui nous sont proches et avec qui nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes objectifs, associant les talents et les compétences de tous horizons. Mon programme sera celui co-produit par le mouvement écologiste. J’y mettrai évidemment ma patte, ma sensibilité, ma personnalité, mais le programme comme les campagnes présidentielle et législatives doivent absolument être des aventures collectives. Nous devons saisir cette occasion de rendre de nouveau l’écologie politique attractive, aimable et sympathique. Et surtout, éviter une énième campagne anti-Hollande, là où l’engouement pour la candidature de Nicolas Hulot a montré une forte attente en prise de hauteur, en sincérité, en convictions, en renouvellement.

 

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