#19 Portrait d’écolo : Théo Garcia-Badin
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Théo Garcia-Badin, 29 ans, Paris 18e

Quel est ton parcours vers l’écologie ?

Mon rapport à l’écologie remonte à très loin. J’ai grandi dans une petite ville à proximité de Rouen en Normandie et qui se situe en plein milieu d’une grande zone industrielle. Mon grand-père a travaillé dans la pétrochimie, mon père dans des usines de production d’engrais chimique donc disons que les questions de la pollution de l’air, les rejets dans la Seine, les conséquences sur la santé, le risque industriel (mon père a travaillé plusieurs années à Lubrizol avec déjà des accidents industriels importants) sont des choses qui m’ont marqué dès l’enfance.

Par ailleurs, j’ai aussi le souvenir de la lutte pour protéger la forêt du Rouvray dans laquelle nous avions l’habitude d’aller se promener et de jouer. Je garde en tête l’image des militants écolos attachés aux arbres (il me semble qu’il y avait un certain David Cormand parmi eux) Ça m’a profondément révolté de voir cet écrin de nature décimé par un projet routier dont aujourd’hui encore on peine à comprendre l’utilité.

Ma sensibilité écolo a dont toujours été là. Mais le déclic c’est l’échec patent de la promesse de changement portée par François Hollande en 2012 et sa conséquence sur le résultat des européennes de 2014 : le FN arrive premier, l’abstention est énorme. C’était révoltant de voir notre monde continuer de se diriger vers le précipice, les inégalités continuer d’exploser et la société se polariser avec comme seule réponse une Gauche au pouvoir qui trahissait (sciemment?) ces promesses les unes après les autres. Et de cette révolte est née l’envie d’agir, la force de refuser d’être cantonné au simple rôle de spectateur et d’agir.

J’ai donc intégré EELV et les Jeunes écologistes dont j’ai eu l’honneur d’être co-secrétaire national et mon engagement se poursuit depuis.

Quelle valeur de l’écologie t’anime le plus ?

Le partage. Nous sommes dans un monde aux frontières et ressources limitées, qui est menacé d’effondrement. Ce qui implique au-delà de préserver, de partager. Et ce partage doit être juste. Il y a donc un énorme travail à faire sur la réduction des inégalités, sur la lutte contre la précarité ou encore pour un rééquilibrage des rapports et du partage des richesse entre les pays les plus riches et le reste du monde.

J’ai grandi dans une ville ouvrière avec ma mère, dans une « cité » avec ces grandes tours qui semblent concentrer tous les problèmes de notre société quand j’allais chez mon père. Autant dire que les conséquences des inégalités, de la pauvreté, de l’exclusion sociale et de la ghettoïsation j’y ai été confronté quotidiennement. Voilà pourquoi je suis fortement marqué par la notion du partage qui est profondément liée à l’écologie d’après moi.

Je le réaffirme : pas d’écologie sans justice sociale, pas de transition écologique sans une réduction massive des inégalités. Et c’est justement à cette question que nous travaillons à la commission économie, social et service public dont je suis coresponsable.

Quel projet / quelle action te laisse le meilleur souvenir et/ou le meilleur espoir ?

Ce n’est pas vraiment un projet mais je dirais que la séquence de l’année 2019 est à la fois l’un de mes meilleurs souvenirs et porteuse d’espoir. Voir l’émergence des grèves pour le Climat avec tous ces jeunes sensibilisé·e·s à l’écologie, qui manifestent la mise en place de mesures radicales pour avancer sur la transition écologique c’était quelque-chose.

Je suis fier de voir que ce mouvement -auquel les Jeunes écologistes ont pris part -a pu entraîner d’autres générations dans les marches pour le climat qui ont eu un grand succès. L’écologie est désormais incontournable dans le débat politique et cette séquence a été couronnée par le très bon score des écologistes aux européennes. Cette séquence est donc pour moi la confirmation que la mobilisation paye et que ces réussites sont amenées à s’amplifier. Les graines semées par les écologistes aux responsabilités -comme la loi Duflot sur le logement ou la loi Sas sur les nouveaux indicateurs de richesse- me donnent l’espoir que le projet écologiste que nous portons permettra ce changement dont nos sociétés ont tant besoin.